La confusion comme arme politique
Ce n’est plus le silence qui oppresse, mais le vacarme. Ce n’est plus l’absence d’informations qui alimente la peur, mais leur excès. À force de parler en boucle, on ne dit plus rien. Et cette saturation n’est pas le fruit du hasard — elle est l’instrument d’un pouvoir qui préfère l’opacité au débat, l’ambiguïté à la clarté.
Car oui, la confusion est devenue une stratégie. Une arme. L’émanation comme méthode. Dans ce paysage de mots vides et de récits contradictoires, gouverner ne consiste plus à convaincre, mais à désorienter. Semer suffisamment de doutes, de contredits, d’opinions parallèles, pour que chacun baisse les bras. À quoi bon chercher la vérité, quand tout paraît incertain ?
Un arsenal bien rodé
Les techniques de brouillage sont nombreuses, bien documentées, et cyniquement efficaces. C’est la méthode du millefeuille argumentatif : empiler les versions jusqu’à épuiser la volonté de trier. C’est le détournement lexical : transformer une répression en « maintien de l’ordre », une injustice en « réforme courageuse ». C’est l’invocation permanente du contexte pour délégitimer la critique.
Et c’est surtout la mise en spectacle de l’incohérence. On expose les contradictions sans jamais les résoudre. On banalise le scandale en le répétant. La surprise devient routine. Le choc devient marketing.
Une histoire ancienne, un présent inquiétant
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Déjà en 1928, Edward Bernays théorisait la « fabrication du consentement ». Goebbels, puis les propagandistes soviétiques, ont très vite compris qu’un peuple perdu dans un labyrinthe de récits était un peuple docile. Plus récemment, des figures comme Trump, Bolsonaro ou Poutine ont poussé la confusion à son paroxysme : dire tout et son contraire, sans jamais payer le prix de l’incohérence. Car dans le chaos, la mémoire est courte.
Mais ce brouillard ne s’arrête pas à la politique. Il gangrène les médias, les réseaux sociaux, la parole publique. Il devient une atmosphère. Un poison lent.
Et nous, dedans ?
Face à cela, il y a toi. Moi. Nous. Lecteurs, créateurs, rédacteurs, citoyens. Coincés dans un flux ininterrompu d’opinions travesties en vérités, de récits qui se veulent réalités. Englués dans ce bruit constant, tentant de comprendre, de démêler, de juger — et parfois, fatigués d’y croire encore.
Nous vivons à une époque où l’information est partout, mais la compréhension nulle part. Où chaque nouvelle alimente un soupçon, chaque silence devient suspect. Où ce n’est plus la véracité d’un fait qui importe, mais sa viralité.
Personnellement, je perçois cette confusion comme un obstacle récurrent dans notre travail. Comment écrire quand les mots sont tordus jusqu’à devenir méfiants ? Quand chaque phrase est suspectée d’agenda caché ? Comment informer quand la véracité est reléguée derrière l’émotion, le clash, la sensation ? Comment transmettre, tout court, quand le soupçon contamine même les silences ?
C’est une fatigue mentale, morale, presque physique. On hésite. On pèse chaque mot. On réécrit non pas pour être clair, mais pour ne pas être attaqué.
La liberté d’expression, dans ce contexte, devient un terrain miné.
Qui a encore le droit de parler ? Que peut-on dire sans être aussitôt classé, rangé, discrédité ? Complice, extrémiste, naïf, vendu. À droite ou à gauche. Pour ou contre. Il n’y a plus de place pour la nuance. Ce n’est pas la censure frontale qui oppresse — c’est plus subtil, plus insidieux : une peur rampante d’être mal compris, mal lu, mal vu. Alors on se tait. On se conforme. On adopte un langage aseptisé, des formules lisses. On répète des phrases prudentes, comme on marcherait sur du verre.
Penser clair, c’est résister
À RAW PRESS, nous refusons cette confusion organisée.
Nous croyons qu’il faut désamorcer le flou, non pas en imposant un nouveau récit, mais en redonnant sens aux mots. En défendant des repères. Des valeurs. Une pensée rigoureuse, libre et assumée. Des idées qu’on peut discuter. Des désaccords féconds. Des récits qui éclairent sans aveugler, qui ouvrent sans manipuler.
Penser clair, aujourd’hui, ce n’est pas un luxe. C’est une urgence.
Refuser l’embrouille permanente, c’est déjà un acte politique.
C’est tracer une ligne, même tremblante, dans la brume.
C’est rappeler qu’une parole sincère a encore sa place. Qu’une pensée libre peut traverser l’obscurité ambiante, même si elle vacille. Même si elle dérange.
RAW PRESS ne cherche pas à convaincre à tout prix.
Nous cherchons à comprendre, à décortiquer, à penser à voix haute.
À rendre à l’information ce qu’elle a perdu : du sens, de la substance, du souffle.
Parce que au final, ce n’est pas la clarté qui manque, c’est le courage de la regarder en face.
Retrouvez-nous
sur vos réseaux