L’AES EST TOUJOURS VIVANTE !

par | Mar 11, 2025 | Raw Afrique | 0 commentaires

Soyons clairs ; ne cachons rien à nos lecteurs…

C’est ce choix, assumé, qui nous a décidé à laisser le premier texte consacré à la Françafrique tel qu’il avait été rédigé en son temps, soit à fin décembre 2023.

Deux semaines plus tard, j’ai écrit le texte sur la naissance de l’AES, qui pour les mêmes raisons est resté intact dans sa version originale.

Avec le recul, cela ne me semble pas une mauvaise idée, dans la mesure où je vais pouvoir opérer dans le présent texte un survol de l’activité principale de et autour de l’AES pendant les neuf mois qui ont suivi – et qui, nous allons le voir, était pour le moins prolifique !

Nous commençons donc ledit survol en date du 28 janvier, jour où le triumvirat (Goïta – Tiani – Traoré), qui avait déjà beaucoup travaillé au rapprochement en 2023, annonce la décision irréversible de se retirer prochainement de la CEDEAO (pour ceux qui ont oublié : Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) -, le mot « économique » consistant en une forme d’euphémisme, cachant en réalité nombre d’autres activités moins avouables sous l’égide de l’ancienne puissance coloniale). Comme on l’imagine, le communiqué fait grand bruit.

Le 15 février, une réunion ministérielle est organisée à Ouagadougou pour élargir les domaines de compétences de l’AES et acter la création de la Confédération des trois pays, Burkina. Mali et Niger. En réalité, il s’agit de mettre au point un agenda préparatoire pour le Collège des cherfs d’Etat et de gouvernement de l’AES.

Le 6 mars à Niamey, les chefs d’Etat-Major décident la formation d’une force militaire conjointe.

Le 17 mai, toujours à Niamey, se déroule la réunion des ministres des Affaires étrangères des trois pays. Ceux-ci finalisent le projet d’accord créant la Confédération de l’Alliance des Etats du Sahel.

Le document sera adopté enfin lors de la rencontre des chefs d’Etat de l’AES, laquelle a finalement lieu, encore à Niamey, le 6 juillet.

Le 15 septembre, dans le cadre d’une allocution prononcée à l’occasion du 1er anniversaire, le colonel Assimi Goïta, président du Mali et premier président en exercice de la Confédération de l’AES, salue un projet historique de mise en place d’une banque d’investissement (la sortie du franc CFA est imminente), d’un passeport biométrique commun aux trois pays et d’une chaîne d’information partagée. Il remercie chaudement à plusieurs reprises les victoires enregistrées sur le terrain par ses forces armées, les FAMA, contre les groupes terroristes – constitués souvent de mercenaires, entre autres Ukrainiens venant venger le soutien de l’AES à la Russie. Le rapport entre  les deux entités est étroit mais parfois ambigu et nécessiterait également d’être exposé et détaillé… 

Bien sûr, la liste est loin d’être exhaustive ; de nombreux autres événements ont émaillé cette année 2024 – qui n’est d’ailleurs pas encore à son terme et dont je vous tiendrai informés des derniers rebondissements de novembre et décembre. D’ici là, je voudrais aborder un autre aspect essentiel de la guerre idéologique que se livrent l’Occident et l’AES : il s’agit de la couverture médiatique. Pendant les huit mois que l’on vient de survoler, les mainstreams occidentaux, même ceux que l’on situe un peu trop facilement au centre gauche voire à gauche, n’ont eu de cesse de marteler que les régimes des pays de l’AES ne sont pas habilités à négocier en raison de leur « déficit démocratique », soit de l’arrivée de leurs leaders au pouvoir dans les trois pays non pas par les urnes, mais par un coup d’Etat. Pas un mot en revanche sur le dévoiement de la démocratie en Afrique sous le regard bienveillant et complice de l’ancienne puissance coloniale. Ce que je nomme dévoiement, c’est l’accaparement par une famille ou un clan du pouvoir en échange de leur soutien à la Métropole, au CFA, aux bases militaires, etc. C’est également le terme qui convient pour qualifier nombre de présidents corrompus désormais octogénaires et au pouvoir depuis 30 ou 40 ans. Ces présidents-là gagnent les élections même quand ils les perdent ! C’est avec la bénédiction de la France qu’ils bidouillent les Constitutions pour avoir droit à plus de deux mandats successifs.

C’est cette réalité pseudo-démocratique qui fait que la génération des 30-50 ans actuels ont pris conscience du piège que constitue le rappel constant dans les bouches occidentales des termes de démocratie, de votations ou encore de droits de l’homme – toutes réalités qu’ils sont pourtant les premiers à dévoyer  C’est pour cela entre autres que Nathalie Yamb avait proposé lors d’une conférence en février 2024 que les trois présidents, charismatiques et clairement adoubés par le peuple, devraient s’octroyer des mandats de 10 ans, afin d’éviter les coûts et les risques de dérapage liés à l’organisation d’élection en Afrique. L’idée mérite d’être étudiée…

J’en reviens à la couverture médiatique : pour tenter d’endiguer la montée du sentiment antifrançais, les mêmes journaux occidentaux n’ont de cesse de tenter de décrédibiliser les panafricanistes, probablement sur ordre de l’Elysée, comme ils relayaient les salades de Delfressy et Darmanin (en France ; en Suisse on pourrait dire de Berset et de l’OFSP) au temps du Covid, pour bien connoter négativement tout mouvement souverainiste et/ou solidaire en Afrique… Heureusement, à l’opposé, les adversaires de la Françafrique ont choisi les réseaux sociaux, où même les leaders sont extrêmement présents et publient les conférences et discours des chefs de l’Etat de l’AES ainsi que leurs propres analyses, imités par des milliers de partisans…

Mais comme je l’ai déjà évoqué, la France ne peut pas se permettre de perdre sa poule aux oeufs d’or et Macron, en plus de tenter tout ce qu’il peut pour déstabiliser les trois pays, fait s’abattre une répression féroce sur les cadres du mouvement panafricaniste. On a vu la sanction contre Nathalie Yamb pour avoir osé proposer lors d’un discours à Niamey de laisser une durée de 10 ans aux trois présidents afin qu’ils puissent mener leur tâche à bien. On a vu la déchéance de nationalité de Kemi Seba… sous forme d’autogoal puisque la sanction a permis à ce dernier de brûler son passeport et d’ accompagner le geste d’un discours percutant qui lui a surtout amené de nouveaux partisans., Elle lui a aussi permis de mettre en action son « plan B » : le général Tiani le nomme conseiller spécial à la présidence et lui fournit un passeport diplomatique. En octobre, le cauchemar de Macron peut donc revenir en France…

Ce qui s’ensuit, on le détaillera dans une prochaine publication, mais pour spoiler un minimum à ceux qui n’auraient pas suivi l’affaire, Macronéon 1er a décidé de passer outre les lois et de l’arrêter quand même.  La suite est passionnante ; ne manquez pas le prochain article !!

Retour au calendrier 2024. Neuf mois liquidés en mode télégraphique. Mais je ne vais bien sûr pas m’arrêter là. Car même si elles ne sont pas datées, les tentatives de déstabilisation de la part de la Métropole et de ses « chiens de salon », comme Ibrahim Traoré nomme Ouattara et Patrice Talon, ne se sont pas arrêtées non plus. Les sites spécialisés présentent désormais le numéro 1 Burkinabé comme ayant échappé à 16 (seize!) tentatives d’assassinat, ce qui en feerait le 3e meilleur « déjoueur » au monde, après Yasser Arafat (vainqueur absolu du classement ; il n’y a pas photo!) et l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, mais devant d’autres cibles célèbres, tels Mandela, Massoud, Castro…  Il faut dire que l’Occident, pour une raison qui m’échappe, a toujours considéré Traoré comme le maillon faible du trio rebelle, alors que c’est pourtant clairement lui le plus charismatique et qu’il jouit du soutien inconditionnel – déjà mis en oeuvre quelquefois – de la quasi-totalité du peuple de son pays, prêt à se sacrifier pour lui et la souveraineté du pays.

Donc, dans l’actualité de ces neuf mois, on évoque forcément le rôle déstabilisateur de la France ét des présidents octogénaires corrompus Ouattara, Talon et Macky Sall au Sénégal… mais ce dernier est désormais hors d’état de nuire et l’histoire mérite d’être détaillée, car la manière dont il a été écarté au profit de ses opposants Ousmane Sonko et Diomaye cet étéinterpelle – c’est un euphémisme ! La situation et les élections qui se sont déroulées cet été au Sénégal méritent bien un paragraphe…

Ousmane Sonko, présenté jusqu’alors comme panafricaniste, découvrait les joies de la prison après les émeutes au Sénégal qui avaient causé plus de 50 morts cet été. Il avait également (mais je vous avoue que je ne sais plus si c’est lié aux émeutes, au panafricanisme ou à autre chose encore) été déclaré inéligible… et l’on ne parlait quasiment pas alors de son ami Diomaye, lui aussi purgeant sa peine. Quant à Macky Sall, il avait cherché dans un premier temps, comme tout bon président africain ami de et soutenu par la Françafrique, à modifier la Constitution pour lui permettre d’exécuter un troisième (puis 4e ? 5e ? Allez savoir…). Mais, à la plus grande surprise de nombreux analystes, Macky Sall y renonce finalement. C’est Amadou Ba qui prend les rênes du parti et endosse la candidature présidentielle.

Second coup de tonnerre en quelques semaines : contre toute attente de nouveau, cette élection, d’abord reportée du 28 février au 24 mars, ne sera pas remportée par le candidat adoubé du parti au pouvoir, mais par… le miraculeusement gracié 15 jours auparavant Bassirou Diomaye, candidat du Pastef pour « boucher le trou » de l’absence, de l’inéligibilité d’Ousmane Sonko – lequel, par un ixième tour de passe-passe, toutefois déjà effectué, celui-là, dans l’Histoire par les duettistes russes Poutine-Medvedev et en Haïti par Aristi de-Préval, sera tout de même nommé Premier ministre !

Et c’est à la suite de toutes ces invraisemblances que n’importe quel connaisseur de l’Afrique va réaliser (quand il ne l’a pas fait bien auparavant) qu’il y a anguille, pour ne pas dire baleine, sous roche. Et une piste à suivre pour repérer et identifier le cétacé…

La piste commence – encore une fois – à Paris. Via la CEDEAO, certes, mais personne n’est dupe en Afrique : voici donc deux jeunes politiciens rebelles, soi-disant panafricanistes, qu’on met en prison après les émeutes et avant l’échéance présidentielle. La date n’aurait su être mieux choisie.

Elle offre de surcroît l’élection sur un plateau puisque Sonko était le seul opposant à la stature capable de contrecarrer le coup d’Etat constitutionnel que s’apprêtait à commettre Macky Sall et présente l’avantage d’éviter tout risque d’émeute (ce même Ousmane Sonko ayant déclaré quelques semaines plu tôt que s’il était élu, le Sénégal rejoindrait l’AES, ce qui ne semble même pas imaginable en France ou du moins constituerait un camouflet absolu).

Eh bien ! Que pensez-vous qu’il arrivât ? D’abord la sortie de prison inexplicable du duo Sonko-Diomaye, puis le déroulement propre, transparent et non-violent des élections, ce qui représente déjà en soi un exploit digne de figurer au Guinness Book des records africains, et enfin, cerise sur le gâteau, victoire de Bassirou Diomaye. Mais je vous parlais tout à l’heure de baleine sous roche et de piste conduisant à l’ancienne puissance coloniale ; il est temps d’éclaircir enfin la chose !

Alors, soyons réaliste : face à la panique que la naissance et la popularité croissante de l’AES ont engendrée à l’Elysée, il fallait à tout prix empêcher le Sénégal de rejoindre le club rebelle panafricaniste. D’autant qu’avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal constitue le pôle d’influence française le plus important et le siège d’institutions communes indispensables à l’Hexagone, tel l’un des deux relais africains (le siège central est à Paris) du Conseil présidentiel pour l’Afrique, le siège de la Banque centrale des Etats de l’afriqie de l’Ouest, la permanence sur le continent du FMI, etc. Il est difficile d’imaginer la survie de l’Afrique francophone sous sa forme actuelle si le Sénégal lui tourne le dos…

Le dilemme de Macron était donc : si l’impopulaire Macky Sall est réélu, il y a un risque réel de reprise des émeutes, voire de guerre civile. Mais si c’est des adversaires du franc CFA et des bases militaires qui s’imposent, la catastrophe serait encore pire…. Alors, qui donc? C’est là que l’idée a germé dans les Think Tanks de l’Elysée : on parle à Sonko et à Diomaye, on leur propose un deal, que l’on forcera également Macky Sall à accepter en échange de l’abandon de toute poursuite. On laisse donc sortir de prison les deux jeunes opposants, en maintenant toutefois l’inégibilité de Sonko à la présidence car Diomaye est plus malléable. Ce serait donc à ce dernier de se présenter à  d’adhésion présidentielle, qu’il va probablement remporter car, pour une fois, on va organiser un scrutin propre et transparent.

Très bien… mais en échange, ils vont donner quoi, Sonko et Diomaye ? Eh bien, justement, si vous n’aviez pas encore deviné, c’est la baleine qui sort de sous la roche : on va exiger de leur part l’abandon de toute velléité d’adhérer à l’AES. C’est assez ingénieux, une sorte de triple win-win : le Sénégal reste dans le giron de la France, Macky Sall s’en sort avec une amnistie et, au prix d’un petit retournement de veste, les opportunistes fraîchement libérés vont accéder aux fonctions de Président de lav République et de Premier ministre.

Alors voilà, je ne peux pas jurer sur la Bible ou le Coran, car aucun document n’a fuité, nous n’avons aucune preuve. Mais la plupart des Africains sont persuadés de la véracité de cette hypothèse et, de fait, c’est bien la seule qui permette de comprendre pourquoi on libère par surprise ses plus dangereux adversaires 3 semaines avant les élections… Et de fait, tout s’est passé comme imaginé dans le scénario susmentionné : dans son premier discours (boycotté par les présidents de l’AES car l’info avait fuité), Diomaye a demandé à l’AES… de rejoindre la CEDEAO !!! La baleine a encore pris du poids ! A moins que….

A moins que les deux trublions aient joué un triple jeu car ces dernières semaines, leurs positions ne semblent plus définitives. Ils ne seraient pas les premiers à ne pas tenir une promesse si, finalement, ils proposent tout de même une adhésion… Il faudra en reparler d’ici peu. Tout comme il faudra décrypter ce fameux terme de panafricaniste dont des gens aussi différents que Kemi Seba, Paul Biya ou Ousane Sonko se réclament. Même d’un point de vue géographique, la définition englobe tantôt le continent entier, tantôt l’Afrique noire subsaharienne et tantôt l’Afrique noire francophone. J’ai donc du travail pour la prochaine parution, car ce terme représente à n’en pas douter l’avenir africain et il importe de tenter d’en faire coïncider les diverses acceptions.